Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
Par sirius
Carte postale ancienne montrant l'entrée des Carrières (niveau inférieur) vers 1905, alors toujours exploitées. Quel habitant de Veaugues peut dire que, gamin, il n’a jamais joué dans la « Carrière » ? Son entrée béante s’ouvre à la lisière de la forêt, au flanc d’un côteau au relief modelé par les gravats rejetés là durant des décennies, voire des siècles. Elles tirent leur nom du fait qu’à un moment donné de leur histoire, le terrain devait appartenir à l’Hospice de Veaugues, les exploitants payant une redevance sur la pierre tirée.
Les Carrières de l’Hospice étaient le plus important site souterrain d’extraction de calcaire de la commune de Veaugues, et aussi le seul accessible aujourd’hui au public. L’entrée principale se trouve en limite des bois du même nom, au Sud-Ouest du bourg. Jusqu’à la fin de l’exploitation, vers 1925, elle servait à sortir les pierres extraites à l’intérieur.
Les carrières se composaient de deux niveaux superposés, sans qu’on puisse dire à ce jour lequel est le plus ancien. Ce qui semble certain, c’est que le niveau supérieur possédait à l’origine une autre entrée, qui fut condamnée suite à un effondrement; les blocs furent depuis lors descendus au niveau inférieur par un puits carré qui existe toujours. L'entrée du niveau supérieur s'ouvre dans les bois. A l'origine, il y avait là un porche comparable à celui du dessous. Il s'est effondré au début du 20ème siècle. Nous ne connaissons aucun document relatif à l’exploitation de ces carrières. Un plan a été découvert dans une décharge, et il reste les témoignages de certaines personnes, entre autres René Chapaux, dont le père y a travaillé dans les derniers temps. De temps à autres, on entend encore certaines personnes du village affirmer qu’il est possible d’entrer dans une carrière (et en voiture, s’il vous plaît…), et de ressortir par une autre, en étant passé sous une partie de la forêt… Ces affirmations sont du même acabit que celles qui prétendent qu’il y a un souterrain sous la voie Jacques Cœur !
Au Jurassique supérieur (Oxfordien), il y a environ 140 millions s'années, le site se présentait sous la forme d'une mer chaude et peu profonde, rappelant les barrières coralliennes que l'on trouve aujourd'hui dans les mers tropicales. L'eau y était en perpétuelle agitation, et sur les récifs se formaient madrépores et coraux, dont on retrouve actuellement les squelettes fossilisés dans le calcaire crayeux des carrières. On trouve de nombreux brachiopodes (Térébratules et Rhynchonelles), des mollusques bivalves (Pholades) généralement en moulages internes, et de grandes huîtres très difficiles à extraire, apparaissant ici en coupe.
L'intérêt de la pierre blanche du Sancerrois résidait dans sa facilité d'exploitation et de mise en forme, car c'est un matériau assez tendre. Toutes les exploitations étaient souterraines; les accès se faisaient à flanc de côteau, et une rampe horizontale menait au porche d'entrée. Les carriers abattaient la pierre par tranches successives, au fur et à mesure, laissant des piliers pour soutenir le plafond. Ils pratiquaient à la barre à mine une entaille de la dimension du bloc à détacher, puis y enfonçaient des coins de bois bien sec; ils arrosaient ensuite les coins et, en gonflant, ceux-ci faisaient éclater la roche, laissant ainsi tomber le bloc convoité. On pouvait aussi introduire des coins en fer, et frapper.
Après avoir pratiqué une entaille au-dessus et sur les côtés du bloc à extraire, on disposait des coins en fer qu'on frappait, ou des coins de bois qu'on mouillait pour les faire gonfler. La roche se fendait et le bloc sortait de la paroi.
Les blocs étaient en général débités sur place selon les commandes; les déchets étaient entreposés dans les parties déjà exploitées, comblant de la sorte certaines galeries (étage supérieur), ou jetés au-dehors.Les ouvriers ménageaient de petites niches dans la paroi pour y placer leurs lampes à huile...
La pierre tirée du niveau supérieur était descendue au-dessous par le puits carré, l’entrée supérieure étant réservée à l’accès du personnel. Les blocs extraits étaient ensuite tirés au-dehors au moyens de treuils appelés crapauds, sur des chariots puis, au moyen d’un quai, transbordés sur des fardiers tirés par des chevaux. Des camions ont peut-être été utilisés dans les dernières années d’exploitation. Matériel exposé à la Carrière d'Aubigny (89 Taingy)
Les carriers inscrivaient souvent leur nom au plafond avec la fumée de leur lampe à huile. Ici, Lucien Guillerault, 24 ans, en 1909.
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