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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 10:55

Au XIXème siècle, la métallurgie était une activité prospère dans le Berry, et particulièrement à Torteron, qui n’était au départ qu’un hameau de la commune de Patinges.

 

haut-fourneau-2011.JPG

Vue des ruines de Torteron aujourd'hui. A droite, la base d'un haut-fourneau; à gauche, probablement des fours à chaux construits après la cessation de l'activité métallurgique.

 

Le développement de cette industrie a été rendu possible grâce à la présence de minerai riche, facilement accessible et en quantité suffisante ; de forêts étendues pour la fabrication du charbon de bois ; de rivières pour la production de l’énergie hydraulique nécessaire à l’action des soufflets, ainsi que pour le broyage et le lavage du minerai.

 

minerai-Sargues--2-.JPG

 

 

 

Minerai ramassé dans un champ à Sargues (commune de Menetou-Couture). Il est composé de grains de limonite et d'hématite disséminés dans une gangue argileuse ou calcaire, et constituait des poches ou strates.

 

 

 


 

1195 : premier « moulin à battre le fer » près de Fontmorigny. Il s’agissait certainement d’un bas-fourneau ou d’une forge.

 

1600 : un haut-fourneau est construit par les moines de Fontmorigny "dans les bois".

 

carte-des-environs.jpg

Torteron et ses environs, situant les mines, et les usines au XIXème siècle

 

1780 : le Berry produit 10% du fer national (environ 10.000t).

 

embranchement-canal-St-Louis-CPA.jpg


L'embranchement du canal St-Louis vu à son départ depuis le canal du Berry. Au second plan, à gauche, on devine le "crassier" où étaient entreposées les scories, mâchefers et autres sables de moulage usagés. Ces matériaux ont depuis été récupérés pour l'empierrement des routes.

 

 

 

 

 

1820 : Torteron comporte une forge, 6 maisons et 50 habitants. Fondation des usines de Fourchambault par Louis Boigues.

 

1824 : début de la mécanisation, avec l’installation d’une soufflerie à vapeur de 25 CV.

 

Usine---Canal-jeanrot.jpg

 

 

Le Canal St-Louis dans les emprises de l'usine, vers 1900. certains bâtiments indsutriels sont encore debouts,, probablement pour l'usage des fours à chaux.

 

 

 

 

 

Canal-St-Louis-2011.JPG

 

 

 

La même vue aujourd'hui, prise depuis la route de Jouet...

 

 

 


 

 

 

1837-40 : ouverture du Canal de Berry, puis du Canal St-Louis, permettant l’utilisation du coke de Decize et St-Etienne à la place du charbon de bois. Construction d’un 3ème haut-fourneau fonctionnant au coke.

 

vue-usines-1840.jpg

 

 

 

Vue d'artiste de l'usine vers 1840. Il semble que la disposition des bâtiments ne soit pas parfaite.

 

 

 

 

1838 : production de fonte 3000 T, dont 2000 T de moulages. La population de Torteron s’élève à 550 habitants. Intéressement du personnel à la qualité de la production par un système de primes.

 

1845 : début du coulage vertical des tuyaux pour la Ville de Paris, puis de Madrid. Marché important avec les rails de chemin de fer, coussinets, ponts ainsi que plaques tournantes (P-O & PLM).

 

Usine-V.-1900.jpg

Cette carte postale de 1900 environ montre au premier plan le canal St-Louis, avec trois péniches; à l'arrière, une partie de l'ancienne usine métallurgique. ces bâtiments sont encore debout aujourd'hui.

 

Vers 1850 Equipement des mines avec des machines à vapeur pour l’extraction et l’épuisement des mines (Léguilly, Andres, Les Billots, la Corne, Sargues, Le Coupoy, Mauregard). Construction d’un chemin de fer à voie métrique vers les mines.

 

voie-miniere.JPG

 

 

 

Près de la route de Sargues à Menetou-Couture, se voient encore les traces du chemin de fer reliant les mines aux usines. La voie passait ici sur ce remblai.

 

 

 

 


 

1853 : fondation de la Sté Boigues-Rambourg. Développement de la production pour l’artillerie.

 

logement-mineurs.JPG

 

 

 

Cette "barre" abritait huit logement, chacun composés d'une grande pièce avec porte et fenêtre, plus un grenier au-dessus.

 

 

 

 


 

Organisation de Torteron selon le système paternaliste de l’époque, où l’entreprise prenait en charge le salarié depuis la naissance jusqu’à la mort : son logement, son éducation, sa vie religieuse, ses loisirs, sa santé. La Société aménage alors à ses frais :

- le village de St-Louis pour les mineurs, nommé d’après Louis Boigues.

- une d’une caisse de secours mutuel, financée par des cotisations salariales, et gérée par la Société

- 2 écoles (garçons & filles)

- une maison de soins médicaux tenue par des sœurs.

- un ouvroir (atelier de confection) pour les jeunes filles.

- un village avec de larges rues bordées d’arbres.

 

Ecole-garcons-2011.JPG

 

 

 

L'école de garçons, construite par la Sté Boigues-Rambourg. Elle sert aujourd'hui de salle paroissiale.

 

 

 

 

 


 

- une caisse d’épargne pour les économies des employés (placées à 5%)

- une boulangerie coopérative et magasins à bas prix.

- des jardins ouvriers, afin que ces derniers ne fréquentent plus les débits de boisson.

- l’église St-Louis

 

1851-66 : célébration de 100 mariages ; 452 naissances. L’usine compte alors plus de 800 salariés.

 

plan-1868-JPEG.jpg

 

Plan de Torteron à l'époque de son apogée, montrant la disposition des bâtiments industriels et du village, avec ses différents équipements et services.

 

- début des années 1860 : dernières modernisations techniques de l’usine, qui connaîtra son apogée en 1868, avec une production de 22000 tonnes de fonte. Médaille d’or pour les fontes du Palais de l’Exposition Universelle.

 

St-Louis--village-mineurs-.JPG

 

 

 

Maisons du village de St-Louis, sur la route de Nérondes.

 

 

 

 

 

 


 

1878 : la mise au point d’un nouveau procédé permettant d’utiliser les minerais phosphoreux de Lorraine sonnera le glas des minerais du Berry, d’extraction coûteuse et en voie d’épuisement.

 

1879 : décision de fermeture du site de Torteron, alors qu’il ne reste que 350 salariés. Transfert de la production à Montluçon.

 

portail-usine.jpg

 

 

 

Le portail principal de l'usine est bien entendu fabriqué à partir du fer de la maison.

 

 

 

 


 

1882 (6 Mai) : dernière coulée. Les installations seront démolies, le site servant jusque vers 1925 pour les fours à chaux (Sté Jeanrot).

 

La production de fer se poursuivra dans les hauts-fourneaux de l’usine de Mazières (Bourges) jusque vers 1910, puis ce fut la fin de cette industrie dans notre région.

 

Eglise-2011.JPG

 

 

 

 

L'église de Torteron fut consacrée en 1858 et dédiée à St-Louis... parce que le père du Patron se nommait Louis!

 

L'Entreprise veillait sur tout, y compris la vie spirituelle de ses salariés...

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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Published by Sirius sirius
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commentaires

fs 05/02/2017 19:57

bonjour
ayant visiter l'abbaye de Fontmorigny j'ai ete surpris de decouvrir l'histoire liée de Torteron
vous decrivez des emplacements de mine c'etait elle des mines a ciel ouvert ou des mines souterraines reste-t-il des traces de ces mines
effectuez-vous des visites decouvertes de ces lieux chargés d'histoire industrielles
merci d'avance

Moreau 16/07/2011 00:06



Le blog est interessant, relatant une partit de l'histoire de mon village et ses environs avec notamment la fonderie de Torteron.


J'aimerais en savoir un peu plus sur le tracet du chemin de fer, qui permettait d'acheminer la matiere premiere a la fonderie.


je vous en remercie



sirius 16/07/2011 08:38



Mon petit article n'est rien en comparaison du travail effectué par ceux qui ont entièrement débroussaillé ce site! Je crois que l'association "Aubois, de Terres et de Feux", et son infatigable
animatrice Annie Laurant organisent des visites guidées que je ne pourrais que vous recommander!


 


Quant au petit chemin de fer approvisionnant l'usine, il en reste des vestiges dans la campagne, essentiellement en amont de l'ancien étang de Feuillarde, au bord de la petite route menant à
Menetou-Couture. Je me souviens avoir vu son tracé sur une ancienne carte au 1/100 000 des années 1880, carte que je recherche à présent dsésespérément sur les brocantes.... Si vous voulez en
savoir plus, merci de me contacter via le lien "contact" en bas de page. Je me ferai un plaisir de vous renseigner...



malobosco 05/03/2011 14:20



Jusqu'à maintenant, j'avais juste entendu parler de cette ancienne activité. Maintenant, grâce à ton article, je connaîtrai l'histoire industrielle de cette bourgade.


Quand ils affluèrent d'Europe centrale, Les celtes étaient effectiverment passés maîtres dans le traitement et l'artisanat du fer, d'ailleurs on parle "d'âge du fer" pour dénommer cette époque
qui comprend ensuite plusieurs subdivisions.



sirius 05/03/2011 14:25



Si l'époque des Celtes était bien connue sous le nom d"âge du fer", comment sera dénommée la nôtre dans deux mille ans (si toutefois il y a encore des humains sur Terre)? J'avoue que j'ai un peu
peur du jugement de nos descendants...



Fadette 04/03/2011 10:07



Merci pour ce reportage clair et très bien documenté ! Je connais en effet l'existence de sites métallurgiques dans la Nièvre...mais j'ignorais ce qui concernait le Cher. Et je vois que cela
remonte très loin !



sirius 04/03/2011 13:54



Cela remonte encore plus loin, car la province des Bituriges était réputée pour son fer aux époques gallo-romaines!



anatole 03/03/2011 19:23



C'est une page d'histoire que tu tournes en nous contant la vie des fours du berry et les petits travailleurs qui vivaient aussi de cette industrie.


Merci pour toutes les précisions que tu peux nous apporter sur ton espace d'informations.


Cordialement.



sirius 04/03/2011 08:50



C'est une page que peu de personne connaissent réellement! La vie de ces gens, même s'ils avaient un confort largement au-dessus de la moyenne de l'époque avec tous les équipements fournis par
l'entreprise, n'était pas rose. Les accidents étaient nombreux, et les archives parlent d'ouvriers brûlés vifs lors de retournement de wagonnets de fonte liquide...


 


Il ne faut pas confondre paternalisme et philanthropie. Le premier n'est exercé que dans un but de rentabilité, même si tout le monde s'y retrouve. L'entreprise possédait ses salariés, et avait
droit de regard sur tout ce qui le concernait. Ce type d'organisation existe encore essentiellement en Extrême-Orient et, à moindre échelle, chez nous avec des boîtes comme Michelin ou Peugeot.
Moi, ça ne m'aurait pas plu.



Candy75 03/03/2011 13:29



Je ne savais pas que dans le Berry il y avait ce genre d'industrie. Tu m'apprends toujours quelque chose et j'aime bien
découvrir sur ton blog l'historique de telle ou telle région. J'ai visité, il y a de nombreuses années de cela, une usine sidérurgique de la Moselle avec ses hauts fourneaux (si ma mémoire est
bonne, je crois me souvenir que c'était à Hagondange). Je me souviens avoir été très impressionnée par le gigantisme de l'endroit et j'imagine les dures conditions de travail très pénibles des
ouvriers.  t d'Epagne



sirius 03/03/2011 18:52



Effectivement, peu de gens savent que le Berry fut une importante région sidérurgique au XIXème siècle. Il en fut de même pour la Nièvre, avec notamment les usines de la Chaussade à Cosne et
Guérigny, de Fourchambault, et d'Imphy. Seules ces dernières restent en activité, intégrées aujourd'hui dans l'empire de l'indien Mittal...



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