Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
Par sirius
N’en déplaise à ceux qui voudraient la sacrifier sur l’autel du développement économique et de la création d’emplois, et la voir transformée en égout à ciel ouvert comme le Rhône, notre Loire est restée un fleuve sauvage. La balade commence au pont de St-Thibault, là-même où les Gallo-romains avaient construit un pont sur la voie Bourges Auxerre il y a 1800 ans…
En cette période où les eaux sont encore hautes, de nombreux bras secondaires coulent encore. Tout le lit mineur de la Loire sur le territoire de la Nièvre (et du Cher mitoyen) est classé en Zone Natura 2000, bénéficiant ainsi d’une protection renforcée. Ici, contrairement à ce qui se passe en d’autres endroits, cette protection est effective sur le terrain.
Et point n’est besoin d’avoir trop d’imagination pour se croire au cœur d’une jungle, certes tempérée, mais qui d’ici un mois sera devenue impénétrable de par la luxuriance de la végétation…
L’espèce ligneuse dominante est de très loin l’Erable Négundo, qui montre en cette fin Avril ses longues inflorescences « effilochées »…
Beaucoup de ces arbres ont été couchés, il y a longtemps, par les crues mais, faisant preuve d’une exceptionnelle vitalité, restent vigoureux et continuent à émettre des pousses…
De cette souche nourrie par les riches limons apportés par la Loire s’élancent des troncs qui sont un seul et même Erable Négundo…
Un tel milieu est appelé « Ripisylve » ou « Forêt-Galerie », parce qu’il ne concerne que les berges d’un cours d’eau, s’étendant parfois sur des dizaines de kilomètres. Les espèces ligneuses qui le peuplent sont bien entendues adaptées à ce milieu très humide, au sol enrichi par les limons et vases charriés par les crues.
La couleur verte domine sans partage sur cette jungle. Mousses sur les troncs, feuilles, tapis végétal au sol…
Après l’Erable Négundo, c’est l’Orme qui est le plus fréquent. Curieusement, ici, il ne semble pas atteint par la Graphiose, et présente des sujets en pleine santé !
Ces deux Ormes ont pour le moment les pieds dans l’eau, mais le niveau baissera rapidement dès que les pluies faibliront ; d’ici l’Eté, ce bras de Loire sera totalement asséché, mais ses berges seront devenues impénétrables, avec des Orties arrivant à hauteur des épaules…
Outre les deux espèces précitées, on rencontre de très, très gros Chênes et Peupliers, dont les dimensions sont difficiles à apprécier sur un cliché dans une végétation aussi dense, ainsi qu’un sous-bois de Sureaux, Frênes, et Aubépines, comme ici.
Quelques Erables Planes, aussi…
Pour se frayer un chemin et ne pas se perdre, le mieux est de suivre les « musses », sentiers tracés par les habitants invisibles des lieux : Ragondins et Castors.
Le sol est lui aussi densément couvert : Orties, Lamier (ici en fleur), et bien d’autres plantes que je suis bien incapable d’identifier…
Cet Erable Négundo a le tronc enroulé de plusieurs tours sur lui-même, phénomène fréquemment observable en ces lieux. Malgré son apparence décrépite, il déborde de vitalité et émet de nombreuses jeunes pousses…
Pour celui-ci, par contre, c’est la fin du voyage. Le plus étonnant est que cette « forêt vierge », exempte des ravages de l’Homme, n’est qu’à un jet de pierre d’une route très fréquentée. Espérons qu’aucun projet débile ne viendra jamais troubler sa quiétude !
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