Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
Informée de mes recherches sur l’histoire du Domaine de Tréloup, à Veaugues, une personne de ma famille m’a fait parvenir une liasse de documents anciens, une vingtaine datant de 1612 à 1779, que je vais m’efforcer de déchiffrer, avec l’aide de quelques auxiliaires pleins de savoir et de bonne volonté.
La plupart concernent des achats de petites parcelles par les propriétaires de Tréloup, et sont rédigées devant les officiers de justice de l’époque. Celui-ci date de 1664, et est un des plus faciles à déchiffrer.
Première opération : les numériser avec un système de fortune simple, mais efficace…
Inutile de préciser que jamais les personnes mentionnées dans ce document de 1612 n’imaginaient qu’il se retrouverait un jour à côté d’un clavier d’ordinateur. J’avoue qu’il y a une certaine émotion à manipuler des documents rédigés sous la régence de Marie de Médicis, deux ans après l’ assassinat d’Henri IV, à une époque où des accusations d’hérésie ou de sorcellerie pouvaient conduire au bûcher…
Un petit résumé au dos de celui-ci précise qu’il concerne un « contrat de vente d’une pièce de pré faite à Mr Dubois de 2 hommées et demi de fauche à Trélou ». Mr Dubois était le propriétaire de Trélou(p) en 1612. A cette époque, on avait des mesures approximatives et, selon le courage et la résistance du faucheur, « l’hommée » pouvait être plus ou moins étendue… sans parler de la longueur du jour lors de ladite fauche !
Revenons à notre texte de 1664, dont mon ami Jean Dagallier (que je remercie encore !) a aimablement corrigé la transcription un peu « brute » que j’en avais fait. Voici donc le texte correctement déchiffré :
« A tous ceux qui ces présentes
lettres vivront estienne Millet
Seigneur de gardefort advocat en
Parlement bailly des ville et Comté
De Sancerre meche et bannerois
Garde du scel estably aux
Contraicts dudit Comté, Salut
Sçavoir faisons que pardevant
Jean Courtois nottaire et tabellion
Cré et Institué soubz ledit
Scel, aesté Requis et passé
Le Contraict de vente dont
Lateneur ensuict, L’an mil
Six Cent Soixante et quatre
Le seizeième Jour d’aoust
Hostel du nottaire soubzsigné
Furent présentes en leurs
Personnes honnorable homme
Claude philipot marchant
LDeprésent demeurant au village
Du grand Voisy paroisse de Veaulgues
Et Honneste femme françoise Triboudet
Son espouse dudit Sieur son mary
Dhument et suffisament authoriséé
Lesqueles Certains ensemblement et
Sollidairement ung chascung deux seul
Et pour letout sans division, renonceans
Au bénéfice de diviser les actions
Ordre de droit et premierse disention
De Biens, de leurs bons grée
Et bonnes volontéé sans force
ni Contrainecte, ont Cogneu et
Confessé avoir vendu Ceddé
Quitté délaissé et transporté
Et par ces présentes vendent
Ceddent quittent délaissent et
Promis garentir ennuix et Contres
Touts detous troubles debats
hypoteques et empeschemens
Quelconques sauf des charges
Cy apres, A Honnorable
Homme maistre Jean Dubois
Fermier général du Comté de
Sancerre procureur au bailliage
Dudit lieu y demeurant présent
Et acceptant pour luy sa femme
Et les leurs, c’est asscavoir
La quatriesme partye dune
Piece de pré assis enla
Prayrie de Vauveredon paroisse
De Crezency Justice de Vauvredon
Et Indivis et apartir a la fourche
Et au Rasteau auci autres
pourtions audit sieur dubois
Appartennant, qui Jouste
dung long la terre et d honnorable
Homme maistre claude Saunier
Dautres long les préé e de
Jean Raffestin Laisne Jean
Berneau le jeune accause de
Sa femme et autres, dung
Bout par le dessoubzs le bois
despendant de la Seigneurie de
Latour, et generallement touts
Autres droites parts et pourtions
Que lesdit sieur Philipot et
Triboudet peuvent avoir apretendre
En ladite pièce de préé, et Comme
Elle appartient a ladite dame
Triboudet accause de la succession
De defunect Honnorable Homme Jean
Triboudet son pèere, et d'Icelle
sen sont lesdites d evestus
Desunies et dessaisies, pour
Et au proffict dudit sieur dubois
Et Icelluy Constitué en leurs
Lieu et droit, aux charges
Des droits et débuoirs Seigneuriaux
Sy aucungs se trouvent Estre
Deübéé Envers les Seigneurs
Ou dames quil appartiendra
Affermants Lesdits Vendeurs
Par Serment d eux pris au
Cas Requis ne scavoir quil
En soit seul amenné chose pour
Nen avoir Jamais rien payé
Francs et quitte des arrerages
Desdites droits et de tous
Autres hypoteques detout le
Passé jusques a huy la presente
vente faicte outre pour et
Moyennant le prix et somme
De soixante livres tournois
Laquelle somme aeste presentement
Payée content par ledit Sieur
Dubois ausdites Vendeurs en
Louis dor et dargent et autres
Monnoyes ayant de present
Cours en ce royaume et
Dont Ils se sont Contentéé
Et en ont quitté et quittent
Sollidairement Comme dit est
Ledit Sieur Dubois et tous
Autres, Car ainsy aeste accordé
Entre les partyies pardevant
Le nottaire et tabellion soubzigné
Promettans par leur foy de
Serment tenir et avoir letout
Pour agreable obligeans
Quand a ce lesdites parties
Eux leurs biens meubles
Et immeubles presents et
Advenir, Renonceans atoutes
Choses a ces presentes
Contraires lesquelles furent
Faictes et passéés au presences
De Silvain Riffé praticien
Et de Jean Meunet Serviteur
Domestique du nottaire et
Tabellion soubz signé demeurant
Au village de Chambetin
Paroisse dudit Crezency tesmoingts
A ledit Meunet declaré ne sçavoir
Signer de ces enquis suivant
Lordonnance, ainsy signé en
Laminutte des presentes dubois
Et Philipot françoise triboudet
Riffé et Courtois nottaires et
Tabellion Soubzsigné »
Evidemment, il faut s’intéresser à Veaugues pour trouver cet acte passionnant !
J’en profite pour remercier les quelques personnes qui ont répondu à mon appel, lancé en Juillet dernier, ne serait-ce que pour me signaler qu’un proche à eux avait travaillé quelque années à Tréloup, toute information concernant ce lieu m’intéressant au plus haut point.