Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
Par sirius
Philippe Meyer, dans son émission « la prochaine fois, je vous le chanterai », sur France-Inter, a aujourd’hui fait référence à un projet de loi européen qui, s’il avait été adopté, aurait selon lui permis aux conducteurs routiers indépendants (c’est-à-dire à leur compte et travaillant seuls) de travailler jusqu’à 86 heures par semaine.
Il est vrai que, dans notre société où bientôt seul l’exténuement au travail deviendra le seul comportement valorisant, il est de bon ton de démolir un par un tous les acquis sociaux et textes de loi assurant (ou censés le faire) à tout un chacun le droit à une vie digne. Par contre, Monsieur Meyer, dont j’écoute l’émission tous les samedis avec le même plaisir, ne connaît pas grand-chose au monde du transport !
Ces routiers arrêtés pour 24 heures minimum sur l’aire des Vignobles (A77) hier dimanche sont pour la plupart originaires des Pays de l’Est (surtout Bulgarie). Ils partent de chez eux pour des périodes pouvant aller jusqu’à 2 mois, et c’est le prix qu’ils payent pour que nous ayons nos produits low-cost…
Voulant en savoir plus sur ce projet de loi, je suis tombé sur ce rapport d’un débat au sein du Parlement Européen, qui montre ô combien nos députés, aussi grassement payés soient-ils, ignorent le sujet dont ils débattent ! Je précise tout de même que, ayant officié 25 ans dans le transport, je connais bien les textes régissant conduite et travail dans ce secteur.
A ceux qui s’en sentent le courage, je recommande la lecture d’au moins quelques pages de ce rapport… Au temps maximum de conduite (90 heures par quinzaine) peuvent effectivement s’ajouter pour un « indépendant » non concerné par la législation du travail régissant les salariés, les chargements/déchargements mais, pour en arriver à 86 heures, il faudrait que toutes les entreprises soient ouvertes 7j/7 et 24h/24 ! Un eurodéputé prétend même qu’un conducteur pourrait alors conduire « 86 à 95 heures » par semaine (page 4) ! Ahurissant !
C’est avec ce camion de 1969 que j’ai fait mes premiers tours de roues il y a plus de 30 ans. A cette époque, il n’était pas rare d’aligner 600 kms par jour à 80 km/h maxi, plus une demi-douzaine de clients à charger ou décharger, à la main bien sûr ! L’éclairage, le chauffage et l’insonorisation étaient des plus sommaires ; pas de clim ni de radio et, pour appeler, il fallait trouver une cabine téléphonique en état de marche sur le bord de la route… Les matins d’hiver, au réveil, il y avait de la glace sur le pare-brise… à l’intérieur ! Le « bon vieux temps »…
J’avais récemment vu à la TV qu’au Canada, les routiers indépendants pouvaient rouler 14 heures par jour. Si c’est vrai, c’est de la connerie d’en arriver là, avec les dangers que représentent de tels conducteurs sur les routes !
A l’opposé, en Suisse, pourtant réputée pour son capitalisme, pas de camions sur les routes entre 22 heures et 6 heures. Un exemple à méditer…
Ceci dit, si nos eurodéputés pourtant si prompts à se plier aux désirs des lobbies professionnels, connaissent aussi bien tous les domaines dans lesquels leurs décisions font la pluie et le beau temps, cela ne m’encouragera pas à me déplacer aux prochaines élections européennes…
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