Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
En 1866, la population de Veaugues croît régulièrement depuis des décennies ; elle est de 1050 habitants, dont 466 au bourg. L’église, devenue trop petite, sera reconstruite 25 ans plus tard mais, en attendant, l’Archevêché de Bourges souhaite rénover le presbytère de Veaugues, et confie à Charles Guillard, architecte sancerrois, le soin d’évaluer la situation. Ce dernier fait les constatations suivantes :
« Le presbytère de Veaugues dans son état actuel est insuffisant. La seule chambre à donner est insalubre, la cuisine, établie il y a quelques années dans un passage de 1,55 m de largeur, est complètement insuffisante et la chambre de la domestique, très exiguë, est placée dans un endroit tellement privé d’air qu’il est dangereux de la conserver plus longtemps.
Ce plan dressé par Charles Guillard, figure le presbytère d’alors, peut-être édifié au cours du siècle précédent. L’accès à la cave se faisait au moyen d’un escalier dont le départ était dans l’entrée, et qui faisait un quart-de-tour.
Le couloir menant aujourd’hui à la cave par l’arrière du bâtiment était autrefois cette cuisine « de 1,55 mètre de large »…
A la suite des placards probablement aménagés par Guillard, se voit une ouverture soigneusement appareillée, et murée. Il s’agit vraisemblablement de la porte qui, en 1867, permettait d’accéder à la cuisine depuis la salle à manger. Elle sera murée lors du déplacement de l’escalier de la cave, visible au fond.
Guillard propose, le 15 Mai 1867, le projet qui suit :
- laisser la cuisine pour passage pour desservir la cave.
- convertir la chambre à donner en une cuisine.
- le bûcher serait divisé en deux parties ; une partie serait convertie en chambre,
- le surplus resterait bûcher.
- une partie du rez-de-chaussée serait surélevée d’un premier étage, dans lequel seraient aménagées deux chambres à feu avec un cabinet dans lequel il y aurait même possibilité d’y mettre un lit. »
Et voici le plan proposé par Guillard. En rouge, les modifications. On remarque que l’accès à la cave se fera non plus depuis l’intérieur, mais depuis l’arrière, par ce qui était la cuisine. Le sol de l’ancienne chambre de bonne sera abattu pour éclairer la descente de cave. La « chambre à donner » est transformée en cuisine, alors que la chambre de la domestique (la célèbre bonne du curé…) est déplacée vers le bûcher, qui se voit ainsi amputé.
Un étage sera aménagé, en surélevant une partie du grenier. Il proposera deux chambres spacieuses toutes deux munies d’une cheminée.
Croquis de la façade Sud du presbytère remanié par Guillard. A l’étage, deux fenêtres de chambres et une sur un « cabinet ». Il ne semble pas que les ouvertures du rez-de-chaussée aient été remaniées. Leur linteau cintré, que l’on retrouve sur l’ancien accès à la cave, doit dater de la construction d’origine, et Guillard a choisi de conserver ce style pour les ouvertures de l’étage.
Avant d’approuver ce projet, l’Archevêché demanda quelques modifications, à savoir :
- Que des jours soient ménagés au nord, pour l’assainissement des pièces du rez-de-chaussée.
- Que la chambre de la domestique, prise sur le bûcher, soit établie sur le midi et non au nord.
La mise en adjudication du 16 juillet 1868 désignait les entrepreneurs Dupeux et Granvergue, de Veaugues , qui proposaient un rabais de 8 %. Charles Guillard signait le procès-verbal de réception définitive des travaux le 1er juillet 1870.
La façade Sud aujourd’hui. Les ouvertures au premier plan sont le fruit de remaniements ultérieurs à ceux de Guillard. Tout au plus peut-on avancer que la première ouverture au linteau cintré est celle du bûcher.
Cette coupe du bâtiment montre bien l’élévation de la charpente qui fut nécessaire pour créer un espace de vie à l’étage.
Le pignon est du presbytère. La souche de cheminée au premier plan monte depuis l’âtre de la chambre du curé. La petite porte sur la droite, qui ne figure sur aucun plan, est pourtant munie d’un linteau cintré. Elle donne dans un minuscule cabinet abritant un lavabo. A l'époque où ces travaux furent menés sur le presbytère, rappelons que l'église se trouvait alors juste en face!
Le presbytère, délaissé lors de regroupements paroissiaux, abrita des sœurs jusque dans les années 1980. Une partie a été récemment aménagée en bibliothèque municipale. J’aurais bien aimé mettre en ligne toutes les informations concernant cette bibliothèque, mais la commune de Veaugues n’a pas de site internet, ni même de bulletin municipal. Peut-être une idée pour la prochaine équipe qui sortira des urnes le 30 mars prochain ?
Merci à Simon Maudry (Sancerre) qui a mis à ma disposition les plans et informations diverses.