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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 18:38

Encore une histoire de petit train oublié, qui n’intéressera que quelques passionnés ou ceux et celles, à présent peu nombreux, qui l’ont emprunté avant 1939… Donc, un petit train, le Tacot (c’est ainsi que l’on nommait tous ces petits trains) a relié Cosne à St-Amand en Puisaye de 1905 à 1939, et voici son histoire vite racontée.

 

Cette ligne devait au départ être le tronçon Cosne-Saint Sauveur de l’itinéraire stratégique reliant les arsenaux du Sud-Ouest aux frontières de l’Est ; l’Alsace et la Lorraine étaient allemandes depuis 1870), et les lignes de front potentielles de ce côté-là… En fait, cet itinéraire stratégique sera ouvert en 1893 avec les lignes Bourges-Cosne et Cosne-Clamecy. Son emplacement au départ de Cosne est matérialisé ici en rouge.

 

Exploitée par la Société Générale des Chemins de Fer Economiques (S. E.), la ligne à voie métrique avait pour origine une gare indépendante, située à l’Ouest de celle du PLM, à Cosne (alt 150 m). La voici dans les années 1980 ou 80; c'est la seule photo que j'en ai trouvé, et elle a été démolie dans les années 90. Traversant la ligne de Paris sur un pont métallique, elle s’élevait ensuite de manière continue jusqu’à Alligny (alt 310 m), pou redescendre jusqu’à St-Amand (alt 187 m), desservant au passage Cours, St-Loup, le Suchet (halte), Alligny, St-Verain, et les Ligers (halte). Des ateliers d’entretien existaient à Cosne, ainsi qu’une remise à machines à St-Amand. Après plusieurs ajournements, rebondissements et tergiversations, dont l’emplacement de la gare de départ à Cosne, la ligne sera ouverte au trafic le 21 Juin 1905 de Cosne à Saint-Amand. Le projet de prolongement vers Saint-Sauveur, après maints avatars, ne verra jamais le jour.

 

Puis elle se hissait jusqu'au pont, démoli vers 1950, qui lui permettait de franchir la ligne du Bourbonnais. Ici, un train en provenance de St-Amand vient de franchir le pont sur la ligne de Paris, et va entrer en gare de Cosne...

 

Après avoir passé les gares de Cours-Villeprevoir, puis St-Loup, le Tacot arrivait à Alligny, point culminant du trajet perché à 310 mètres (soit seulement deux mètres de moins que Sancerre...). La plupart des lignes à voie métrique (les rails sont écartés d'un mètres contre 1,435m sur les grands réseaux) adoptaient le tamponnement unique pour leur matériel.

 

A Saint-Verain, ancien village fortifié chargé d'histoire, la gare était située à l'extérieur du rempart d'enceinte. Le service de base comprenait 3 AR quotidiens mixtes (marchandises et voyageurs), plus des trains supplémentaires l’été ou les jours de marché, tractés par des locomotives à vapeur Corpet-Louvet de types 030 T, 120 T ou 130 T. Un autorail De Dion-Bouton fut introduit en 1935 ou 1936.

 

La région avait été le théâtre d’une très prospère industrie métallurgique à l’époque gallo-romaine, en témoignaient les immenses « ferriers », tas de scories encore riches en fer visibles près de St-Amand.  Entre 1907 et 1914, un très important  (entre 100.000 et 150.000 tonnes) trafic de scories ferrugineuses fut acheminé sur les aciéries lorraines par le Tacot, repris en gare de Cosne par le PLM en direction du Creusot. Plusieurs embranchements particuliers avaient été établis entre les Ligers et St-Amand pour leur chargement ; cela représentait trois trains complets par jour. Pour le chargement, c'était apparemment à la main.

 

Au bout d'une vingtaine de kilomètres, le train arrivait à St-Amand, dans la vallée de la Vrille. la direction de Cosne est derrière le photographe. Au fond, la remise aux machines qui permettait de garer une locomotive à l'abri pour la nuit, en attendant le départ du lendemain matin.

 

Voici ladite remise vue de plus près il y a une centaine d'années...

 

... et aujourd'hui.

 

L'ensemble de la gare de St-Amand a été bien préservé.

 

Sur cette autre vue de la gare de St-Amand, on voit bien une voiture voyageurs avec sa plateforme extérieure d'accès.

 

Les passagers étaient essentiellement des scolaires et des ouvriers effectuant l’aller-retour sur Cosne quotidiennement. Le trafic marchandises portait surs divers produits agricoles, mais surtout des argiles et ocres de la Puisaye, extraits entre St-Verain et St-Amand.

 

Si le bâtiment de la gare de Cosne a malheureusement été récemment démoli, il reste la halle aux marchandises (à gauche), transformée en bureaux de la DDE, et les ateliers (à droite) qui comprenaient trois voies couvertes pour l'entretien du matériel.

 

Comme tous les petits trains de campagne, la ligne subit la concurrence de la route, et vit son trafic décliner après 1934. Elle fut fermée le 16 mars 1939, et les rails retirés après la guerre, vers 1946.

 

Et merci à Alain Bouthier, hélas récemment décédé, pour son travail sur le sujet, et dont il avait accepté que je publie quelque informations y figurant.

 

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commentaires

P
Bonjour
Jai lu votre article tres intéressant concernant le tacot
Je suis a la recherche dune vue du passage de la ligne au dessus de la ligne de Paris et aussi de situé l'endroit du chargementdes scorries
Merci d avance
Répondre
S
Bonjour,

Il n'existe malheureusement aucune photo du pont métallique qui permettait au Tacot de franchir la ligne du Bourbonnais à la sortie de Cosne. Seule une vue de l'IGN prise en 1949 nous le montre, vu d'en haut, 10 ans après la fermeture de la ligne. Pour les scories, je vous envoie quelques vues en MP... Merci de votre visite sur le blog!
L


Salut, je te présente mes meilleurs voeux pour la nouvelle année. A bientôt



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S


Merci bien, et de même à toi!



P


Je profite de mon passage pour te souhaiter une bonne et heureux année.
A bientôt.
Pat



Répondre
S


Merci, c'est sympa! De même à toi, en espérant que vous vous débarrasserez un jour de toute cette neige!



A


C'est toujours instructif de lire ton blog et cette histoire du tacot au nord de Cosne n'est pas sans rapeller celui qui parcourait la campagne Sancerguoise au début du siècle dernier.


Merci pour toutes les informations que tu peux nous donner sur ton espace c'est toujours enrichissant.


Cordialement.



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S


Tous ces petits trains ont eu à peu près la même histoire. La ligne de La Guerche à Argent aura droit à un article un de ces jours, Le seul problème pour l'instant est que je manque d'images pour
ta partie de la ligne; si jamais tu as de vieilles cartes postales des gares entre Sancergues (j'en ai 3) et La Guerche, les scans seront les bienvenus... Bonne fin d'année à toi!



C


Comme toujours tu sais nous intéresser par tes articles. Après Guédelon, c'est l'historique de ce petit "Tacot" qui nous fait regretter l'époque où les trains étaient à l'heure. En regardant les
photos, j'imagine le bruit de la loco, la colonne de fumée s'échappant de sa cheminée et le bruit du tchou, tchou. La gare est petite à dimension humaine, rien à voir avec celles de la capitale
où grouillent des milliers de voyageurs toujours un peu perdus lorsque le tableau affiche que leur train a un certain retard ou qu'il a été purement et simplement annulé en raison d'ennuis
techniques en série. Hier, dernier épisode du train partant de l'Est et qui est arrivé dans le Sud au bout de 24 heures est vraiment digne d'un gag. Mais je pense que les pauvres voyageurs n'ont
pas apprécié et à juste raison. La SNCF peux mettre la main à la poche pour rembourser et dédommager ces malheureux. 



Répondre
S


Ma mère et ses frères et soeurs ont connu ces petits trains... Un de mes oncles m'a dit que le "Tacot" était toujours à l'heure aux correspondances, même s'il fallait pousser dans les côtes!


 


En ce qui concerne l'épopée du Strasbourg-Perpignan, pour une fois, je serai entièrement d'accord avec les syndicats de la SNCF, ce qui mérite d'être précisé... Matériel vétuste et réduction
d'effectifs ne donnent rien de bon. Je ne suis pas sûr que le remboursement du billet et l'offre d'un billet supplémentaire gratuit suffise à faire oublier ce lamentable dérapage!



J


Je suppose que le mot "tacot" vient d'une onomatopée.



Répondre
S
Voilà une information intéressante! Je n'avais jamais encore entendu cette explication, pas plus qu'aucune autre d'ailleurs, pour l'origine du mot "Tacot".

Je me souviens de la gare de Cours-Villeprevoir (qui devait d'ailleurs s'écrire Villepreuvoir sur la plaque) alors qu'elle était à l'abandon au début des années 1970. Il y avait encore une horloge sur la façade!

Si vous me laissez une adresse courriel via le lien "contact" de bas de page, je peux vous envoyer le travail d'Alain Bouthier sur la ligne de Cosne à St-Amand. Merci de votre visite!
H
Pour éclairer ce mystère le mot Tacot désignait au milieu du 18 ème siècle (selon les écrits de l'époque) les métiers à tisser dans la région de Lyon dont le bruit en marche faisait "tac-tac". cette expression a été reprise pour désigner les petites locomotives à vapeur d'abord dans les régions de montagne ou le bruit des crémaillères ressemblait au bruit des métiers ,puis par extension à la fin du 18 ème à toutes les petites locomotives et plus tard à l'ensemble des véhicules démarrés par manivelle .
Juste pour info je suis l'actuel propriétaire de la gare de Cours-Villeprevoir que j'ai sauvé de la ruine il y a déjà 24 ans.
cordialement.
S


Pour tout vous dire, j'ignore l'origine de ce mot, qui peut désigner soit un petit train cahotant et crachotant, soit une vieille voiture. Je pense que vous êtes mieux placé que moi pour élucider
ce mystère...



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