Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
Par sirius
Dans le langage campagnard de la région, il y a deux mots indissociables du milieu bocager : les bouchures (ou bouchetures), qui sont les haies, et les têteaux (ou têtiaux), qui sont des arbres recépés en hauteur. Ici, un vieil orme, probablement mort au début de l’épidémie de graphiose qui a décimé cette espèce à partir de 1980, dresse encore son tronc dépouillé de son écorce, mais encore dur.
Si, dans les secteurs fortement remembrés, hélas souvent sans grande considération pour la qualité et de l’environnement naturel, toute végétation a disparu, il n’en est pas de même là où l’élevage prédomine. En effet, non seulement les haies et arbres isolés procurent de l’ombre au bétail, mais ils ne constituent pas la même entrave à l’évolution du matériel moderne que dans les terres céréalières.
Les haies ont été plantées depuis les temps immémoriaux pour marquer la limite des parcelles, et on en replante même de nouvelles là où propriétaires terriens, exploitants agricoles et administration ont compris leur utilité, à savoir régulation du ruissellement des eaux de surface, et hébergement de toute une petite faune sauvage utile à tous. Ici, un vieux chemin bordé de têteaux de chênes.
Les têteaux (appelés aussi têtards dans certaines régions) peuvent être partie d’une haie, marquer des coins de parcelles comme arbres isolés, ou border des chemins forestiers. Ici, du côté des Porteaux, à Veaugues.
Les prés humides voient prospérer de magnifiques saules, qu’on appellera plutôt « têtards ». Les branches coupées repoussent très vite, grâce à la vitalité de cette espèce.
Ce document remontant à 1779 scelle, devant un notaire de Sancerre, un arrangement à l’amiable concernant le prélèvement indélicat par un humble manant de branches de « têteaux » sur une parcelle appartenant Mme de Gevry, veuve du seigneur de Bannay, et alors propriétaire du domaine et terres de Tréloup. Je cite des extraits :
« … sa personne Vincent Petit manœuvre demeurant au Lieu du Briou paroisse de Crezancy lequel certain sans contrainte a declaré que mal apropos et sans aucun droit ny participations a depuis quelques jours de sça, coupé, etranché, et estesté plusieurs testaux darbres, dans une haye vive… »
« … Icelle terre joignante une terre apartenant aux petit du solleille levant entre les deux terre Et vue Boucheture de haye vive dependant De la terre de la d[itte] Dame… ».
Le fautif a probablement un peu débordé de sa propre parcelle sur celle de l’aristocrate dame, pensant que personne ne remarquerait cette incursion. Il s’acquitta, pour son forfait, de 30 sols, et l’acte notarié lui en coûta 25 sols et 5 deniers. « … branches il a presentement le Comptant payé a la d[itte] Dame la somme de trente Sols pour la valleurd’icelle, le domage juste… ». Ici, au Bois des Biaudes, à Veaugues, un mystérieux groupe de têteaux...
Il valait probablement mieux un tel arrangement, que de risquer les geôles de la Dame de Gevry, ou les fourches patibulaires, pour quelques brassées de bois de chauffage ! Ici, des têteaux marquant une ancienne clairière cultivée, et retournée à la forêt depuis des décennies, ont pris d’étranges silhouettes…
Pour en savoir plus, rendez-vous sur ce lien communiqué à l'instant par un de mes plus fidèles commentateurs:
http://www.arbre-et-paysage32.com/pdf/page08/Livret_Trognes_AP32.pdf
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog