Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
Par sirius
Les terriers de l’Ancien Régime étaient des registres dans lesquels étaient répertoriées les terres d’une Seigneurie, qu’elles soient propriété directe du seigneur ou appartenant à des tiers, roturiers ou seigneurs extérieurs. Ces registres servaient essentiellement à établir le montant des divers impôts fonciers dûs au seigneur, et de par là ceux qu’il devait reverser à ses suzerains.
Beaucoup ont été brûlés à la Révolution, mais le fonds de la famille Bouthilier qui posséda la Seigneurie de Montigny et Vesvre depuis la fin du 17ème siècle jusqu’à son émigration à la Révoution, conservé aux Archives départementales du Cher (cotes E 326 à 539), recèle de véritables trésors, comme ce terrier dressé en 1518. C’est un « pavé » de 30 x 40 cms environ, en parfait état de conservation, relié avec couverture de cuir, et dont la lecture (ou plutôt le feuilletage…) réserve bien des surprises !
En effet, chaque chapitre est orné d’une lettrine superbement travaillée où l’écrivain, visiblement pas le premier scribouillard venu, a laissé libre cours à son talent et son imagination, et probablement aussi aux sentiments qu’il nourrissait envers les contribuable ! Ici, on lit : « L’an mil cinq cens et… ». Il s’agit du préambule de ce registre (cote E 403 aux AD 18).
Ici, une propriété qui appartenait probablement à un couple et son fils : Jehanny, Jehan et Pierre Gremillats. A première vue, je ne saurais dire si Jehanny est un prénom masculin ou féminin…
Mais cette vue rapprochée laisse entrevoir deux profils adossés, un homme et une femme, dont le nez crochu ne présage rien de bon...
Guillemin Loye est, lui, affublé d’un nez en « pied de marmite…
Jean Lesdutz et sa barbichette pointent quelque chose du doigt. Evidemment, on peut se demander si ces personnages sont ressemblants, ou s’il s’agit d’une pure fantaisie du secrétaire qui a dressé ce registre.
Guillaume Pyvet (probablement membre de la famille qui a donné son nom au lieu-dit Les Pivets, entre Veaugues et Montigny), qui montre ses crocs, n’a pas l’air commode. Nul doute que le procureur fiscal du seigneur ne devait pas en mener large lorsqu’il venait lui réclamer son dû !
Une mine plus sympathique pour Pierre Gendrault et son épouse…
Quant à Michel Millet (un nom encore très répandu dans le secteur), il tire la langue. Peut-être se montrait-il particulièrement arrogant avec l’agent du fisc ?
Anthoine Martin, avec son menton en galoche, semble plutôt accommodant. Peut-être payait-il sans contester ce qu’on lui réclamait…
Là on a clairement l’impression que notre secrétaire seigneurial ne portait pas Symon Denis dans son cœur, pour l’avoir représenté par un serpent à deux têtes !
Le terme de Prudent Homme désignait un statut social ; il était situé en dessous de « Honnête Homme » et de « Honorable Homme », mais ils étaient tous des non-nobles, souvent des commerçants ou officiers civils. Cependant, ce sont des personnes qui pouvaient exercer des responsabilités, voire avoir une certaine influence ; c’est probablement pourquoi il n’a pas été caricaturé par notre secrétaire qui ne voulait pas s’attirer d’ennuis…
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