Après 36 ans à Veaugues, direction Le Noyer pour vous faire découvrir son cadre, son histoire, et aussi quelques billets d'humeur...
Par sirius
Le 6 Mars 1770, deux hommes, Jean Aupépin et Claude Vattaire, se présentent chez Maître Lefailt, notaire au bourg de Jars, pour faire rédiger la déclaration suivante (Archives du Cher; E 9614).
Furent présents Jean Aupépin, M[anoeuvr]e, demeurant au lieu du
Moulin Michot, paroisse de Boucard d’une part, et Claude
Vattaire aussy M[anoeuvr]e, demeurant au même lieu d’autre part, lesquelles
parties ont exposé que depuis un an ? ledit Vattaire ayant
estably son domicile chez ledit Aupépin et porté en sa maison le peu
d’effets qui luy appartiennent, craignant que dans le cas où
ledit Vattaire viendrait à decedder chez ledit Aupépin, ses héritiers
ne prétendissent qu’il y aurait communauté entre eux, puis ses héritiers
prévenir les contestations qui pourraient naistre à ce sujet ont
déclaré que les effets que ledit Vattaire a porté en
la maison dudit Aupépin consistant en un mauvais chalit
garny d’un lit de balle , deux draps, couverture et ridaux de
toille grise, un coffre et ses outils du mestier de sabotier, tous
lesquels meubles ils ont estimés être de valeur de la çomme de
vingt Livres, et lesquels ledit Vattaire pourra enlever toutesfois
et quand il jugera à propos et que la demeure qu’il fait et
pourra faire par la suite chez ledit Aupépin n’est que
de souffrance de la part de ce dernier, et qu’ils n’entendent contracter
comm[unau]té entre eux […]
De nos jours, on aurait pu considérer cet acte comme un Pacte Civil de Solidarité (Pacs), dont le but est de protéger le partenaire survivant en cas de décès de l’un des contractants. Mais nous sommes en 1770 et il n’était alors pas question d’officialiser la mise en ménage de deux personnes de même sexe. L’idée de communauté est d’ailleurs écartée dans le texte.
Alors, pourquoi le sabotier Vattaire était-il hébergé chez le manœuvre Aupépin ? Une recherche sur le site Genberry nous en apprendra un peu plus.
Claude Vattaire (également orthographié Vataire ou Vatère selon les actes) est né le 1er Juin 1709 au Noyer (paroisse dont dépendait le Moulin Michot). Il épouse le 7 Mars 1734 à Jars Catherine Jacquet, née à Jars le 13 Juillet 1709. Leur fille Catherine (v 1737-1798) est qualifiée de mineure le 6 Mars 1764 lors de son mariage avec Jean Aupépin (Le Noyer 1739-1802), ce qui signifie qu’elle a alors en principe moins de 25 ans. Le 7 Septembre 1798, son acte de décès lui attribue l'âge de 61 ans. Or sa mère (bien précisée sur l’acte de mariage) est décédée le 12 Février 1738.
Claude Vataire, sabotier et veuf moins de quatre ans après son mariage et peut-être lors de la naissance de sa fille Catherine, se remariera le 7 Février 1747 avec Marie Veluet alors âgée comme lui de 38 ans. Elle décède à Jars le 13 Janvier 1769 âgée de 60 ans, sans que nous sachions si cette union a eu une postérité.
Cette recherche rapide nous permet donc de savoir que Claude Vattaire, loin d’être le « partenaire » de Jean Aupépin, était tout simplement son beau-père. En 1770, il a 61 ans et est deux fois veuf. Les informations dont nous disposons ne nous permettent de lui attribuer qu’une fille, Catherine, issue de son premier mariage. Il est vraisemblable que cette dernière a demandé à son mari d’accueillir chez eux son vieux père, peut-être alors dans l’incapacité de travailler, et que Jean Aupépin a voulu se prémunir contre la rapacité de certains héritiers au cas où Vattaire viendrait à rendre l’âme chez lui.
Qui sont donc ces héritiers dont notre homme veut se protéger. A notre connaissance, Claude Vattaire n’a eu qu’un enfant, Catherine, de son premier mariage, et qui s’est précisément mariée avec Jean Aupépin. Genberry ne donne à Claude Vattaire aucune autre postérité, que ce soit avec Catherine Jacquet ou Marie Veluet. A moins, bien sûr, que tous les registres paroissiaux de Jars et Le Noyer n’aient pas encore été dépouillés par leur équipe.
Nous ne savons pas non plus combien de temps Claude Vattaire est resté chez les Aupépin, mais toujours est-il que ses biens se limitaient à pas grand-chose. Rien à voir en tous cas avec ce qu’à dû transporter la famille Sirius lors de son tout récent emménagement dans une maison voisine.
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Les Aupépin, quant à eux, auront au moins 7 enfants entre 1766 et 1775, dont deux mourront en bas âge. Tout un monde qui devait être bien à l’étroit dans leur misérable « manoeuvrerie » (voir flèche rouge)…
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