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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 09:04

Il y a bien longtemps que mon entourage a perdu tout espoir de me voir prendre place à un quelconque repas de fête ou de famille et, en ce jour de Noël où nombre de mes concitoyens passent l’après-midi à table, j’ai pris l’habitude de prendre l’air. Cette fois, c’est sur les traces de mes ancêtres Ponnard et Des Paillards, maîtres-verriers, qu’un soleil éclatant m’a conduit. Nous sommes dans le Nivernais et plus précisément sur les communes de St-Benin des Bois et de Ste-Marie, deux minuscules villages perdus entre forêts et prés. Le circuit fait environ 6 kms, sans certitude de viabilité…

 

Ce chêne marque le carrefour de la Croix des Bois et la limite entre le Bois du Chambon, à droite, presqu’exclusivement constitué de hêtres, et une horrible plantation de résineux, à gauche.

Le sol est très riche en silex, que les verriers broyaient afin d’obtenir un sable siliceux qui constituait la matière première de leur petite industrie.

 

Le village des Chambons, sur le cadastre de 1846. Chacune des deux maisons était divisée en plusieurs logements, probablement constitués d’une pièce unique, voire deux, où s’entassait la famille. Les travaux des champs, l’exploitation de bois de chauffage et la confection de charbon de bois devaient être les principales activités des dernières générations d'habitants, mais les Chambons ont aussi hébergé une verrerie dont les maîtres furent vers 1630 Charles des Paillards et son beau-frère Honoré de Borniol.

 

Seuls quelques tas de pierres et de vieux arbres fruitiers noyés dans les taillis témoignent de la présence de la vie aux Chambons.

 

Le Berry n’a pas le monopole des plesses, comme celles qui bordent ce très beau chemin en forte pente descendant vers Giverdy.

 

Ici, ce sont des hêtres qui ont été, avant la généralisation des clôtures en barbelés, palissés pour enclore les prés.

 

Faute d’entretien, il ne reste que les grosses branches.

En plus de la silice obtenue en broyant les silex locaux, la fabrication du verre nécessite d’autres matières premières, dont la potasse. Elle était ici obtenue à partir de cendres de fougères. Le combustible était bien entendu le bois.

 

Tout en bas, le village de Giverdy.

Cité par Buhot de Kersers comme verrier à Ivoy le Pré (Cher), Jean Sauvage dit Ponnard est né vers 1400. Ses fils Etienne et Louis sont cités comme verriers aux Fours-Philippe (aujourd’hui déformé en Fort-Philippe), toujours sur la commune d’Ivoy le Pré, en 1459. Quatre générations de Ponnard se succèderont sur ce site.

 

Le manoir de Giverdy aujourd’hui.

La profession de maître-verrier s’étant vue accorder au cours des siècles divers privilèges, on parle alors de gentilshommes-verriers, et nos Ponnard peuvent donc ajouter une particule à leur patronyme. Les De Ponnard prendront pied à Giverdy au milieu du 16ème siècle par le jeu de mariages avec la famille Des Paillards, également gentilshommes-verriers. Deux générations de Ponnard furent Sieurs de Giverdy en partie (en indivision). Notons que l’on retrouve sur ce secteur les mêmes techniques de fabrication du verre qu’à Ivoy le Pré, en raison d’un même sol composé de silex. Les Ponnard n’ont donc pas été dépaysés !

 

Peut-être Guyon et Jean de Ponnard se sont-ils réchauffés devant la belle cheminée de Giverdy au temps des Guerres de Religion ?

Les Ponnard n’ont hélas pas que brillé par leur savoir-faire. Le 20 décembre 1585, le Tribunal Présidial de Saint-Pierre-le Moutier condamne Artus de Ponnard, sieur des Crets (Cne de Vandenesse), agé de 43 ans, “à être brûlé sur une place publique de la ville de Nevers”. La sentence reposait sur l’accusation de meurtre à l’arquebuse d’un juge, fausse monnaie et vols divers. « Ladite sentence ayant reçu son exécution le mardi 24 décembre 1585 au lieu du marché des bestes de la ville de Nevers”.

 

 

Aujourd’hui restent les vaches Charolaises…

L’industrie verrière en Nivernais connut son heure de gloire du 16ème au 18ème  siècles avec, notamment, les verres émaillés, mais les verreries nivernaises produisaient aussi des verres beaucoup plus courants, utilisés pour la vitrerie (petits carreaux) ou la table. Ces petites industries ont disparu du Nivernais aussi bien que du Berry dès le début du 19ème siècle.

 

Monsieur Dailland, actuel propriétaire de Giverdy m’ayant parlé d’une maison appelée le Champ Ponnard, je décide de l’inclure au circuit. Ici, le cadastre de 1846.

 

Ces quelques pierres sont tout ce qui en reste, et les bois et taillis ont colonisé les prés et champs au cours des années 1950 et 1960.

 

Ce hameau, déjà appelé Four Viel à la fin du 15ème siècle, appartint à la famille des Paillards, gentilshommes-verriers cités plus haut. Le voici en 1846. Seuls les bâtiments en violet subsistent aujourd'hui.

 

Niché au fond d’un vallon qui ne voit pas le soleil à cette période de l’année, il ne donne pas envie de s’attarder.

 

Devant ce bâtiment, une protection de tôle couvre un puits (flèche violette sur le plan cadastral) d’où s’échappe le bruit d'un ruisseau, mais qui devinerait que, à une dizaine de mètres sous terre…

 

... coule un ruisseau souterrain parcouru par des spéléologues sur la distance de 520 mètres ! C'est pour cela que ce puits est surnommé localement "le Puits qui Ronfle"

 

Quelques ouvrages téléchargeables pour celles et ceux qu’intéressent cette industrie du verre dans le Nivernais :

 

La verrerie du XIIe à la fin du XVe siècle

Une Brève Histoire du Verre 1 et 2

La verrerie et les gentilshommes verriers de Nevers

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commentaires

L
Très intéressant article et même passionnant. Voilà un métier qui ne subsiste plus guère. Et c'est bien dommage : c'est fascinant de contempler l'élaboration d'un vase ou d'un verre par le souffleur. Sans doute un métier qui réclame de longues heures d'apprentissage et quelques gâchis. Oui, encore merci pour cet article qui vient enrichir ma mémoire et me donne envie d'aller jeter un œil (et même davantage) dans un atelier de verrerie. Bonne année.
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S
Je n'ai découvert que depuis peu qu'une branche de la famille avait compté des maîtres-verriers, et je me plais à les imaginer près de leurs fours au fond de la campagne berrichonne et nivernaise. Jusqu'à la fin du 17ème siècle, on ne connaissait que le soufflage pour produire le verre, et on devait ensuite assembler les morceaux au plomb pour les grandes surfaces comme les vitres. C'est une activité qui m'a toujours fasciné, et ce lien m'a motivé pour en connaître plus, avec d'intéressantes découvertes grâces à quelques sites que j'ai mis en liens. Merci de votre visite et Bonne Année!
P
Bonjour
J’ai des ancêtres fondeurs à la verrerie d’Oizon dans le Cher.
Par hasard auriez-vous rencontré le patronyme Couturier dans vos recherches?
Ci-dessous un lien vers un article rédigé fin 2016 sur les aïeux.
Merci beaucoup d’avance et très bonne année à vous
Benoit
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S
J'imagine que c'est cette Verrerie d'Oizon qui a donné son nom au château du même nom? A priori, aucun de mes ancêtres n'y a été impliqué. Par contre André Ponnard a acheté en 1612 à Sylvie de Morainville la Verrerie de la Croslaie, sur la commune de Villegenon, non loin de là. Je peux vous communiquer leur tableau généalogique (format Excel), ainsi que toutes informations susceptibles de vous intéresser, mais il me faut une adresse courriel. Les familles de verriers formaient une caste et nombreux sont les mariages entre différentes lignées. Votre lien n'apparaît pas...
Merci de m'avoir contacté et peut-être à bientôt...
M
Tien, comme c'est curieux, je fuis également toutes ces retrouvailles annuelles et ces repas interminables qui rendent nauséeux. Très belle page d'étude d'un passé laborieux jusqu'à l'obtention d'un titre de noblesse et de ses privilèges. Je lisais récemment un ouvrage sur Montaigne dont le père ou le grand-père a obtenu la particule à peu près à la même époque que la famille Ponnard. Les guerres de religion et autres dépenses onéreuses avaient créé des besoins d'argent urgent et un système fiscal qui se voulait adapté.
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S
Les maîtres-verriers, quoique nobles (en fait quelque peu regardés de haut par la noblesse d'épée...), mettaient la main à la pâte lors des opérations de fabrication. C'était une véritable caste, et ils ne se mariaient qu'entre eux; c'est pour cela qu'on les voit essaimer hors de leur région d'origine.

Je viens de faire une rapide recherche sur la famille Eyquem, et vois qu'ils ont acquis leur noblesse dans le commerce; le jeune Michel a commencé à la Cour des Aides, sorte d'impôts. Personnellement, ça ne me fascine pas comme la verrerie ou les forges.
L
Que les arbres sont beaux, cela méritait bien des photos
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S
Oui, j'ai vu de très beaux arbres. Ce chêne plusieurs fois centenaires, bien sûr, mais aussi de magnifiques hêtres.
E
J'ai eu un ancêtre "marchand verrier", mais du côté de Boucard. Il y eu aussi une verrerie, aujourd'hui disparue.
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S
Oui, absolument! Si vous voulez des informations sur cette verrerie de Boucard, qui se trouvait en bordure des Bois de Boucard, sur l'actuelle D 85, il faut vous adresser à Dominique Lacroix, à Boucard, de ma part si vous le voulez; il a bien travaillé sur ce sujet. Je peux aussi vous envoyer un PDF (7,5 Mo) qui est une copie d'un article paru dans un bulletin paroissial local (sans date, hélas). Il suffit de demander... Bonne Année à vous et votre famille.
D
Je vais lire avec une attention particulière l'appendice de votre dernière référence : un mien aïeul était manoeuvre, dans les années 1780, à la verrerie d'Avril, sur l'actuelle commune de Dienne.
J'aimerais faire un tour à cet emplacement, perdu au fond d'un bois...
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S
Intéressant, tout ça! Je viens de faire une rapide recherche sur le cadastre napoléonien en ligne de Diennes-Aubigny; Avril les Loups se trouvait en 1836 sur la commune d'Aubigny le Chétif, rattachée ultérieurement à Dienne. A cette date ne subsistent que le Pré des Verriers et aujourd'hui l'Etang des Verriers; l'activité avait alors disparu. Explorez bien toutes les références que j'ai mises en lien, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu parler de cette verrerie d'Avril. Ce qui ne veut bien sûr pas dire qu'elle n'est mentionnée nulle part. N'hésitez pas à me contacter en messagerie privée si vous le souhaitez. Bonnes recherches et Bonne Année!
L
Très intéressant. Figure-toi que chez nous aussi, à quelques kilomètres de Teyssieu, le long de la vallée de la Cère il existait aussi toute une industrie verrière à peu près à la même époque que chez toi. L'association des Gorges de la Cère a d'ailleurs publié il y a quelque temps un petit fascicule sur le sujet (si ça te dis je peux t'en envoyer un exemplaire!), on y découvre toute une économie locale et une vie aujourd'hui disparue. Quelques vestiges subsistent mais il faut être attentif!
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S
Merci pour ta proposition, mais je préfère fouiller un peu plus sur le plan local. Quand on découvre que ses ancêtres ont été impliqués dans une activité, elle devient d'emblée passionnante (heureusement que je n'y ai pas découvert de bourreaux...)! C'est aussi l'occasion de travailler le sujet plus en profondeur sur tous les plans: technique, économique et humain, ce qu'a certainement fait ton groupe des Gorges de la Cère! Bon week-end à toi et ta petite famille!
A
J'imagine que tu n'as pas vu "âmes qui vivent" durant ta petite escapade nivernaise, pour nous c'est jusqu'au château de Roger Martin du Gard que nous avons été marchés, nous avons quand même rencontré 6 ânes et deux humains à pieds.
A pluche.
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S
En 2 heures de balade hors-route, je n'ai croisé qu'un chien perdu, et encore de loin. Sur la petite route au retour vers le parking (2 kms), deux voitures. Giverdy est essentiellement constitué de résidences secondaires, mais je n'avais pas pris le pied-de-biche car trop lourd. Heureusement, car pour cause de chemin embroussaillé et de vaches dans les prés, j'ai dû couper à travers bois (parcours en pointillés) par un raidillon, et mon butin m'aurait paru très, très lourd!