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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 14:45

Albert Pinson n'a aucune parenté avec Désiré Pinson, photographe à Veaugues. Il coule une retraite paisible à Montigny, et est probablement le dernier employé survivant du Tacot ; je l’ai rencontré en ce mois de janvier 2009, et c’est avec plaisir qu’il m’a livré ses souvenirs de cette époque. Entré le 11 juillet 1946 à la Société Générale des Chemins de Fers Economiques, il y a travaillé jusqu’à l’arrêt définitif de l’exploitation le 15 août 1948. Mr Pinson était chauffeur, c’est-à-dire qu’il alimentait la chaudière de la locomotive avec du charbon.

 


La loco n° 3517 au dépôt de Veaugues vers 1910 avec une partie du personnel des ateliers. Le Tacot faisait vivre environ 40 familles à Veaugues à son apogée.



Sa journée de travail commençait vers 7h45 quand il se rendait au dépôt de Veaugues pour préparer la loco du train du matin. Le feu était maintenu au ralenti durant la nuit avec du charbon de Buxières, qui brûlait lentement. Il ravivait alors le foyer, puis remplissait la soute à charbon qui se trouvait derrière la cabine au moyen de corbeilles de 30 kg environ, ou avec des briquettes rondes ; la consommation était d’environ 8kg au kilomètre.

 

 

 

Veaugues: le pont du Tacot. On aperçoit en arrière-plan la gare et les ateliers du Tacot.



Il fallait ensuite atteler la rame qui avait été préparée et remisée la veille au soir, puis c’était le départ vers 8h30. Cette heure voyait une activité intense puisque quatre trains s’élançaient ensemble de Veaugues : deux sur la grande ligne vers Cosne et Bourges, et deux Tacots vers La Guerche et Argent ou St-Satur.

 

 

 

 



Albert Pinson en janvier 2009











 

 


Notre homme alternait les voyages vers La Guerche  et Argent en principe un jour sur deux. Une fois par semaine, il attelait un train de marchandises vers St-Satur, avec rebroussement à Neuilly - Moulin Jamet. Aller à Argent était un peu plus rapide qu’à La Guerche, bien que la distance ait été la même.

 

 

Ces années-là étaient les dernières, et le trafic très faible. Le train se composait alors d’une unique voiture de voyageurs, et d’un fourgon à bagages, dans lequel se tenait le chef de train, qui détachait les wagons et tenait le cahier de route. Un mécanicien, qui réglait l’allure et lubrifiait la mécanique, et un chauffeur étaient nécessaires à la conduite de la locomotive. Les voyageurs se faisaient de plus en plus rares, et il fallait dire au mécanicien où on voulait descendre, afin que le train ne s’arrête pas inutilement ; de même il fallait faire signe au train depuis le quai.

 

 

 

Un train de l'Economique (le Tacot) s'apprête à quitter Veaugues en direction de La Guerche.


On a beaucoup dit sur l’inaptitude du Tacot à gravir les côtes, mais seules celles de Sens-Beaujeu et du Noyer étaient vraiment problématiques, surtout à la fin de l’automne lorsque les feuilles mortes faisaient patiner les roues ! Albert Pinson devait alors procéder au sablage des rails devant les roues, ce qui améliorait l’adhérence et permettait au convoi d’arriver en haut de la côte.

 

 

 



 La gare de La Guerche, vue ici avec une automotrice à vapeur Purrey, était le terminus sud de la ligne à laquelle était affecté Albert Pinson.





La ligne de St-Satur ne voyait guère passer plus d’un train de marchandises par semaine, ayant été délaissée par les voyageurs des années plus tôt. Il s’agissait de produits qu’on transbordait sur des péniches au canal, mais aussi de sable de Loire pour les entreprises de maçonnerie du Sancerrois et de silex, qu’on chargeait sur l’embranchement particulier des carrières Vacheron. Ces derniers servaient à l’empierrement des routes et chemins, et étaient répartis dans les gares du parcours.

 

Partis de Veaugues le matin (8h30), il fallait retourner la machine en gare de Neuilly – Moulin Jamet, car un rebroussement était nécessaire pour emprunter la ligne de St-Satur. Arrivés à Sancerre-Ville, pause-goûter (en fait le déjeuner) ; la pause était suffisante pour que nos sympathiques machinistes aient le temps d’aller saluer leurs copains vignerons dans leurs caves à Sancerre…

 

 

 

 


Au nord, la ligne s'arrêtait à Argent, situé sur l'artère P-O Paris-Bourges par Les Bordes, ouverte en 1884, et désertée par les trains de voyageurs dès 1940. C'était aussi le terminus du "B-A", ligne à voie métrique du Blanc à Argent.



Entre Sancergues et Argent, il y avait aussi des bestiaux, particulièrement des poulains de la région de Vailly qui étaient vendus pour le trait dans les fermes de la région. Le ciment et la chaux de Beffes constituaient également une bonne part du trafic, et un marchand d’engrais  (Picard) recevait des wagons à Sancergues.

 


Sur le parcours, on trouvait Vailly, village important en raison de ses foires.


Le retour à Veaugues marquait la fin du trajet pour tous les trains, mais pas la fin de la journée de travail. Il fallait en effet remiser la voiture de voyageur sur une des voies situées à gauche de l’atelier, trier les wagons de marchandises suivant leur destination, et former la rame qui devait être attelée le lendemain. Ce n’est qu’après tout cela que Monsieur Pinson pouvait quitter Veaugues, en général entre 17h et 18h.

C'est en rentrant de vacances, que j'ai hélas appris la disparition d'Albert Pinson autour du 15 septembre. C'est une partie de notre mémoire qui s'en est allée, et je remercie son fils Guy de m'avoir permis de le rencontrer.


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Published by Sirius sirius - dans villages
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commentaires

LAVEAU Michel 14/10/2010 09:31



Bonjour,


Excellents articles très intéressants et bien documentés. Je suis à Blancafort, et j'aimerais avoir des infos sur la construction de la ligne de tacot Argent/Veaugues. Pourriez-vous m'aider ?


Merci pour ce blog intéressant.



barré 13/09/2010 17:44



très intéréssant sur ce passé si nostalgique...je recherche des infos sur jean goudinoux de villequiers qui était connu pour ses dons de guérisseur dans les années 1900.merci



sirius 15/09/2010 08:24



Malheureusement, je ne puis vous aider dans votre requête. Peut-être pourriez-vous simplement contacter la mairie de Villequiers. Le Maire, Pascal Méreau, m'a paru assez intéressé par tout ce qui
est patrimoine et histoire.


 


Bonne journée



anatolem 16/05/2010 18:44



Aujourd'hui je suis allé me promener sur l'ancienne voie de chemin de fer à Sancergues et au retour j'ai fait une petite recherche sur le Tacot mais je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations.


merci pour ce partage de cartes postales et bonne continuation pour l'alimentation du blog. Cordialement.



sirius 17/05/2010 08:19



Sur Internet, il n'y a pratiquement pas d'informations dur la ligne de La Guerche à Argent. Si vous êtes intéressé, merci de me contacter au moyen du lien en bas de page; je me ferai un plaisir
de vous communiquer le travail de mes recherches, ainsi que des photos anciennes...



mathieudu 17/10/2009 12:20


Article très intéressant ! Passionné des chemins de fer et de leur histoire, je trouve rarement des articles si complets.


sirius 17/10/2009 21:34


Merci! C'est la chance qui m'a donné de rencontrer Albert Pinson à temps, car hélas il est mort 6 mois plus tard... Il m'avait raconté les deux ans qu'il avait passés au service du tacot avec une
réelle passion.

J'ai étudié l'histoire des chemins de fer dans ma région pendant des années, et mettrai régulièrement des articles, en choisissant des sujets bien précis. Si vous avez des questions, vous pouvez me
contacter directement par le lien au bas de la page.


Bourgeois pascale 09/09/2009 17:57

Votre site est vraiment passionnant. N'ayant jamais rien trouvé sur Veaugues, je suis admirative devant tant d'articles aussi passionnant les uns que les autres. Je connaitrais enfin un peu mieux ma commune.Encore bravo !

sirius 18/09/2009 09:15


Merci de votre appréciation, ça fait toujours plaisir! Et n'hésitez-pas à vous exprimer...

Sirius


Petitjean 06/09/2009 09:46

super blog sur l' histoire veaugues ( trés passionnant )

sirius 06/09/2009 13:07


Je fais ce que je peux avec les infos que j'arrive à glaner, et les gens que la chance me donne de rencontrer. Toujours preneur de tout ce qui est intéressant...


ldoublet 05/09/2009 16:55

article passionnant et très bien documenté....  !!!! suis admiratif!!!

sirius 06/09/2009 08:39


En fait, c'est le hasard qui m'a permis de rencontrer Mr Pinson. Juste une copine qui se souvenait qu'il avait travaillé au Tacot. Je suis toujours à la recherche d'"anciens" pour immortaliser
leurs témoignages!


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