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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 09:49

Aujourd’huy vingt et un Janvier Mil sept cent soixante sept, en notre hôtel et pardevant nous François Buchet Desforges Lieutenant de la Justice de Nancré, est comparue Magdeleine Boulet veuf de Jean Givers…

… servante domestique depuis le jour de St Jean Batiste dernier [24 Juin] de François Rat, manoeuvre, demeurant au village des Renards, Justice dudit Nancré paroisse de Jars.

Laquelle […] auroit été sous promesse de mariage, connue à deux différentes fois charnellement par Etienne Leget père, manoeuvre, demeurant au village du Moulin Michau paroisse de Boucard [aujourd’hui Le Noyer]

… et notamment le 16 Aoust et huit Septembre, estant de la garde des bestiaux dudit Rat son maître dans la pièce de terre vulgairement appelée les Bruières de la Ramière. Des œuvres duquel Etienne Leget elle se trouve enceinte.

Laquelle déclaration […] nous lui avons enjoint de veiller à la conservation de son fruit et de se conformer lors de son accouchement audits édits et déclarations dont nous lui avons fait lecture, laquelle nous a promis faire par serment d’elle pris à cet égard, et a déclaré ne savoir signer

Signé

Meunier

Buchet Desforges

Gaudry

Une histoire certes pas unique, mais qu’on peut facilement replacer sur le terrain. Voici une carte, réalisée d’après les plans du Cadastre Napoléonien de 1833, figurant les divers lieux cités dans cet acte. On peut aisément retracer le chemin parcouru par Etienne Léger pour aller courtiser (et plus…) la belle Magdeleine.

Il a dû emprunter la passerelle sur la Sauldre,

 

juste au pied de la masure où il logeait…

… pour se rendre à la Bruyère de la Ramière.

 

Ici, les cultures ont remplacé les herbages où paissait le troupeau de François Rat.

Et voici l’acte original, que tout un chacun peut consulter aux Archives Départementales du Cher (cote B 4025). Cet acte ne précise pas l’âge des protagonistes. Le fait qu’Etienne Léger soit qualifié de « père » signifie qu’il a un fils portant le même prénom ; ce n’est donc plus un « jeunot ». Le fait qu’il ait promis le mariage à Magdeleine pour arriver à ses fins pourrait indiquer qu’il est veuf ; mais était-il sincère ?

Il se peut que François Rat, aussitôt qu’il aura eu connaissance de la « faute » commise par sa domestique, se soit empressé de la mettre à la porte. Sera-t-elle retournée dans quelque famille à elle pour accoucher ?

Les femmes faisaient souvent ce genre de déclaration devant le notaire ou le procureur de justice afin de la faire valoir auprès du géniteur, dans le but soit de se faire épouser, soit plus souvent d’obtenir une compensation financière.

Je n’ai pas trouvé trace de naissance au nom de Boulet ou Léger au printemps 1767, ni à Jars, ni à Boucard (paroisse dont relevait le Moulin Michau), ni même à Sancerre. L’enfant est-il né ? A-t-il vécu ? Si oui, où ? Autant de questions qui demeureront sans réponses.

On remarquera la nature du conseil préconisé par le Lieutenant de la Justice de Nancré. Mieux valait à la veuve Boulet de ne pas ajouter un péché à un autre…

Dans les archives des justices de l’Ancien régime, on trouve de nombreuses déclarations de ce type. Elles sont souvent suivies de demandes d’indemnisation, voire d’un accord entre les deux parties portant sur le versement d’une provision avant la naissance, et d’un capital à la  naissance pour subvenir à l’éducation de l’enfant.

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Published by Sirius sirius
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commentaires

anatolem 16/12/2016 20:22

C'est une histoire intéressante que tu nous contes là et quand je suis arrivé moi aussi dans le pays dans les années 90 j'en ai aussi apprise de bien belles et qui n'étaient pas aussi lointaines que celle là.
Les maîtres de domaines avaient de curieuses habitudes pour culbuter les filles dans les fermes.
A pluche.

sirius 17/12/2016 08:31

C'était la forme ancienne du harcèlement sexuel au travail! Dans mon histoire, pas de maître de domaine, mais simplement une domestique et un manoeuvre (on dit aujourd'hui ouvrier agricole). D'ailleurs, bon nombre de ces affaires n'impliquaient que des gens de cette catégorie. Lorsque le géniteur indélicat était cultivateur (agriculteur-exploitant) ou bourgeois, voire noble, il pourvoyait en général aux besoins de l'enfant (parfois il l'adoptait), voire de la mère; simplement parce que ces gens-là en avaient les moyens!

Dame Marthe 15/12/2016 00:36

Superbe idée que cette exploitation du texte !
Ces déclarations étaient obligatoires dans le cas d'une grossesse hors mariage, et ce qui était répréhensible c'était de cacher cette grossesse : les dispositions prises deux siècles plus tôt par Henri II, puis par Louis XIV, étaient régulièrement rappelées aux messes paroissiales, quatre fois par an.
Les pères identifiés, comme c'est le cas ici, devaient pourvoir au premier entretien de l'enfant, voire épouser la mère si c'était possible : c'est à la révolution que les choses se sont gâtées pour les filles-mères. Tout cela a très bien été étudié par, entre autres universitaires, Anne Fillon, dont le fils est assez connu.
On trouve des traces d'accent dans la transcription des noms propres, justement : Ferrière écrit Ferriore, par exemple.
Edmundo, vous écrivez françois : ois était la graphie de ais, plus proche d'ailleurs de ouais ; certains considèrent que l'accent canadien est proche de la prononciation du XVIIe s.

sirius 15/12/2016 08:16

Le fils d'Anne Fillon? Non, je ne vois pas, mais je ne doute pas qu'il se fera bientôt connaître...
En tous cas, ça me fait plaisir d'être lu par une personne à la cheville de qui je dois à peine arriver! Effectivement, dans nombre de ces textes concernant les grossesses, il est fait référence à un acte de 1556, et nous sommes là sous Henri II; j'avoue ne pas encore avoir étudié ce texte qui doit traduire un avant-gardisme quant aux droits des femmes!
Merci de votre visite!

Edmundo 13/12/2016 22:55

On est proche du vieux françois dans cet acte de 1767. C'est beau, j'aimerai savoir comment le français de cette époque se prononçait et avec quel accent.

sirius 14/12/2016 11:04

Lorsque je suis arrivé dans le Sancerrois, terre de mes ancêtres, en 1980, il y avait encore des gens dont je ne comprenais pas un mot au parler. je leur demandais de répéter, une fois, puis faisais semblant d'avoir compris... Les notaires du 16ème siècle et leurs greffiers écrivaient les noms comme ils les entendaient, ce qui explique les variations d'orthographe. Quant à l'accent, je ne pense pas qu'on en ait le moindre indice!

lemenuisiart 12/12/2016 19:44

C'est du beau patrimoine. Après si tu veux faire ma balade actuelle, il faut grimper, la première partie est jouable mais alors l'autre non, alors que c'est le meilleur.

sirius 21/12/2016 08:36

En fait, ton atelier est comme la plupart des ateliers que je connais; le principal est que l'artisan y retrouve ses outils comme une chatte y retrouverait ses petits!

lemenuisiart 20/12/2016 21:35

Quand j'ai fait la photo de haut sur l'exposition j'ai pensé à toi qui n'avait jamais vu l'atelier propre.

sirius 17/12/2016 08:31

J'espère simplement que la météo me le permettra!

lemenuisiart 16/12/2016 18:53

Alors tu ne verras que les deux tunnels mais pas plus, ou alors la toute fin.
En tout cas tu verras tout en photos

sirius 13/12/2016 08:36

En redescendant en bagnole de Batère au Col de Palomère, j'ai croisé cette ancienne voie ferrée, et c'est à partir de là que j'envisage de faire la balade, en direction de la mine. A pied cette fois. Je te contacterai avant afin d'avoir plus d'infos.

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